#MigrantsOfLaPréfecture : Alima, enceinte de 7 mois

23h30, 66 bis, rue Saint-Sébastien dans le 6e arrondissement…

Si vous passez par là, une nuit, en semaine, pas de suspense, vous y trouverez toujours un petit campement. Une vingtaine de personnes, hommes, femmes et enfants, dorment à même le sol. Squat, bâtiment à l’abandon ? Non, le « service étrangers » de la Préfecture de Marseille. Une annexe au bâtiment imposant qui trône en plein centre. Ici, c’est sur les marches d’un banal immeuble de bureaux que dorment les aspirants à la régularisation. Le nombre de personnes reçues chaque jour dépasse difficilement la vingtaine. Alors la file d’attente commence dès la veille et s’achève chaque matin par un sprint final où il faut jouer des coudes, si l’on ne veut pas repartir pour une nouvelle nuit dehors.

Migrants of Marseille vous propose de partager des fragments de leurs nuits, en quatre épisodes. 

– Épisode 3 : Alima, enceinte de 7 mois – 

Sur la partie gauche des escaliers, c’est le coin des dormeurs. Quelques hommes adultes, une famille avec un enfant, et à l’extrémité Alima la Comorienne et ses deux cousines. Elles ont installé leur petit campement tout contre les portes automatiques qui s’ouvriront au matin. Plusieurs couvertures et duvets étendus au sol, d’autres pliés en guises d’oreillers. Pour atteindre le trio, il faut passer les barrières et la chaîne censées protéger l’accès à l’entrée principale.

Alima se redresse avec difficulté pour entendre ce qui se dit. Son ventre rond porte un petit hôte de 7 mois. Pour quitter sa couche bien dure malgré les épaisseurs de couvertures, il lui faut de longues secondes. « Journaliste ? Ah, d’accord … ». Autour d’elle, les visages éclairés par la lueur de leurs smartphones, ses deux cousines adolescentes. Comme c’est les vacances, elles peuvent venir passer la nuit avec Alima, « pour tenir compagnie ». L’aventure n’a pas l’air de leur déplaire plus que ça. « C’est sûr, dormir dehors ça fait un peu peur, mais il y a beaucoup de gens, c’est rassurant !» commente l’une d’elles.

« On n’a pas le choix, on est obligés »

« C’est la première nuit qu’on passe ici, on est arrivées à 8h30 ce matin » explique Alima dans un français basique. Elle a moins de trente ans et un sourire bienveillant au milieu du visage. Elle a apparemment réussi à figurer en première place de la liste officieuse qui circule sur les escaliers. Si tout se passe comme prévu au moment de l’ouverture, elle réussira a atteindre les guichets du premier coup. « Inch’Allah ça va marcher » chuchote-t-elle pour elle-même. En France depuis 7 ans, Alima avoue demander un « titre de séjour normal » pour la première fois. Difficile de deviner de quoi son quotidien a été fait durant ces années d’illégalité.

Ses cousines, qui parlent couramment Français, ont quitté les Comores il y a bien plus longtemps. Alima, bien que curieuse, reste farouche devant les questions et l’appareil photo. Ses deux acolytes l’encouragent à se prêter au jeu en gloussant. Sur cette nuit passée dehors pour pouvoir accéder aux services de l’État, elle dit simplement « On n’a pas le choix, on est obligés ». Mais en étant enceinte, c’est quand même dur, non ? « Ça va » réplique-t-elle d’un ton égal en levant les sourcils vers le ciel.

Déjà, les réponses d’Alima se tarissent et ses yeux clignent excessivement. L’appel du lit de fortune semble être le plus fort. « On va dormir, maintenant … » conclut-elle, dans un murmure.

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Alima dissimule son visage derrière un foulard. Derrière elle, sa cousine tente de dormir, collée aux portes vitrées. (Crédit L.Castelly)

La nuit à la Préfecture se poursuit … au prochain épisode.

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