Denys, le curé et le bon dieu

Denys est arrivé à Marseille par hasard, avec pour seule conviction qu’il avait le bon dieu à ses côtés. Malgré les nuits passées à la rue, le manque de tout et la solitude, sa ferveur n’a jamais flanché. Des mois après son arrivée, son miracle est arrivé : il a trouvé refuge chez un curé.

C’est une jolie bâtisse provençale au fond d’une cour de terre battue . Pour y accéder, il faut se diriger vers le portillon collé à la discrète église Sainte-Bernadette, posée dans une rue paisible du 12è arrondissement. Appuyer sur la sonnette qui indique « curé ». Pousser le portillon. La demeure est à l’heure d’été, grande ouverte, de la porte d’entrée à celle de l’arrière, qui mène au petit jardin, avec sa vigne, ses belles plantes et trois poules.

Voilà deux mois que Denys a posé ses bagages dans ce petit havre de paix. Michel Lombard, le prêtre de la paroisse du quartier, n’y vit pas, c’est plutôt son logement de fonction, un lieu qu’il utilise pour accueillir les « amis » qui en ont besoin. Depuis deux mois, il y reçoit donc Denys, ce Kenyan de 36 ans arrivé à Marseille en septembre 2014.

Des semaines à la rue

«La vie a été si dure avec moi, mon père … » soupire-t-il dans un bel anglais dont il détache chaque syllabe. Son air est triste et sa silhouette si mince dit les épreuves traversées. Pour rester droit, Denys se raccroche à une ferveur religieuse ardente. «Je prie énormément, j’ai une alarme à trois heures du matin pour la première prière » explique-t-il au prêtre, lui-même surpris par l’ardeur de ce chrétien venu d’ailleurs.

Denys est arrivé à Marseille un peu par hasard après avoir d’abord atterri à Paris. « Paris c’était tellement déroutant. À la gare j’ai suivi un type noir, je pensais qu’il parlait anglais, mais en fait non. Je l’ai quand même suivi, j’ai pris le même train que lui et il allait à Marseille. » Une fois arrivé au terminus, il dort souvent dans les rue. Durant l’hiver, sa procédure de demande d’asile est en cours, mais aucun logement ne lui est proposé : « Tous les jours, j’appelais le 115 et, soit la personne ne parlait pas anglais, soit on me disait que c’était complet. Je n’ai jamais pu avoir accès à l’hébergement d’urgence… ». Un jour il rencontre sur le Vieux Port James, un Kenyan, qui accepte de le loger chez lui. Mais au fil des semaines, les relations se tendent entre les deux hommes et James finit par le remettre à la rue.

Les paroissiens mobilisés

En parallèle de ses déboires, Denys a tisse des liens avec le prêtre de l’église Saint-Joseph, rue Paradis. Celui-ci le recommande à ses oailles qui lui proposent de petits travaux payés au noir. Denys s’occupe aussi de la peinture de l’église en échange de nourriture. Les paroissiens, effarés par les difficultés rencontrés par Denys pour se loger, s’activent pour lui trouver un toit. Ils découvrent alors l’existence du réseau Welcome qui propose d’héberger des demandeurs d’asile chez des particuliers.

Denys est tout de suite séduit par l’idée et, aidé par une des membres de la paroisse, réussit à intégrer le petit réseau. Début mai, il reçoit un appel lui proposant d’être hébergé chez le Père Lombard. Le fervent croyant est aux anges.

Le séjour de Denys chez le curé est limité à deux mois. Une période durant laquelle l’hôte s’engage à lui fournir le gîte et à échanger avec lui autant que possible. Le Père Lombard essaye de passer chaque jour pour partager le petit-déjeuner, amener des courses ou entretenir le jardin ensemble. « Nous nous sommes partagé l’espace, moi c’est les arbres au fond et Denys a planté des tomates et des fraises sur le devant » précise le prêtre qui parle la langue de Shakespeare avec un accent d’écolier appliqué. Au Kenya, Denys était agriculteur. Retrouver le contact de la terre le ravit.

« C’est trop court »

Les fraises qui commencent à montrer le bout de leur nez en témoignent : le passage de Denys chez le curé touche bientôt à sa fin. Le Kényan vit mal cette séparation qui s’annonce : « C’est trop court ! C’est comme quand on apprend à marcher à un enfant, on ne lui lache pas la main avant qu’il ne sache marcher tout seul ! ». Des paroissiens ont en effet pris en charge son apprentissage linguistique, mais sa maîtrise du français reste très fragile. « J’ai appris beaucoup de mots, je peux prier en français, mais pas encore faire de phrases » regrette-t-il.

Très bientôt, Denys ira vivre en CADA (Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile) où une chambre l’attend. Il s’inquiète d’avoir des colocataires fumeurs ou d’une autre religion. « Les chrétiens ne peuvent pas vivre avec les autres selon toi ? » lui demande Michel Lombard. «Cela dépend du genre de chrétien qu’on est ! Moi je prie à 3 heures du matin et je veux pouvoir écouter du gospel quand je veux ! » s’emporte-t-il, laissant son anxiété refaire surface.

« Dieu l’aura voulu »

Pour ce qui est de l’avenir, Denys s’en remet bien plus à Dieu qu’à l’OFPRA (l’office qui attribue le titre de réfugié). « Si ma demande est rejetée, c’est que dieu l’aura voulu dit-il simplement, quoiqu’il arrive j’aurais appris beaucoup ici. Le père ne m’a jamais posé de question, il m’a accueilli comme je suis ! Il y a tellement de gens qui souffrent au Kenya et si je suis forcé d’y retourner, j’espère faire là-bas ce que j’ai vu ici.  ». En attendant la décision concernant sa demande d’asile, Denys va continuer sa route, moins seul qu’avant mais toujours fragile, vers son avenir incertain.

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2 réponses à Denys, le curé et le bon dieu

  1. guy

    Touchant, profondément humain, en fin de compte une « histoire » qui pousse à croire…

    en l’homme. Malgré tout .

    Merci.

    J'aime

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