Bala, immigré heureux

Émigrer est parfois simple comme un beau voyage. Bala est ingénieur informaticien et il est venu travailler à Marseille à l’invitation d’un laboratoire de recherche. S’il a choisi de s’y installer au hasard d’une liste d’annonces d’emploi, il parle aujourd’hui de la ville comme on évoque une belle rencontre.

Une surprenante escorte attendait Bala à sa descente de l’avion le 29 novembre dernier. « Je ne m’y attendais pas du tout », se souvient-il encore étonné. Ce samedi matin-là, vers 8h30, son nouveau patron a fait le déplacement pour lui souhaiter la bienvenue. « Ce n’était pas du tout la peine, mais il a pris le temps de me faire visiter le campus, de m’emmener au supermarché pour remplir le frigo avant de me laisser dans mon logement de fonction » raconte cet Indien de 32 ans venu à Marseille pour faire de la recherche en sciences informatiques sur le Campus de Luminy.

Son poste, Bala l’a obtenu grâce à un simple entretien sur Skype et probablement aussi à sa bonne humeur communicative. Son CV avait retenu l’attention du labo marseillais et la discussion a été une simple formalité. « Ils voulaient surtout voir si ça passait humainement. On n’a presque pas parlé technique, on a bavardé !» en rit encore Bala. Cette décontraction toute marseillaise a vite fait de séduire l’informaticien indien.

Il le reconnaît, la réputation de la France pour les hautes technologies n’est pas vraiment exceptionnelle : « Mais cette équipe là est vraiment très bonne, et surtout il n’ya pas de pression, on voit qu’ils sont heureux. Dans ma culture universitaire, il faut publier des articles régulièrement pour réussir. Ici, on publie beaucoup moins, on va plus lentement, mais c’est beaucoup plus satisfaisant. » En Inde, Bala travaillait pour un des leaders mondiaux de la téléphonie. Le rythme méditerranéen lui convient beaucoup plus : « Ici c’est à moi de décider de quand et comment je travaille, c’est la liberté. Il y a plein de petits défis chaque jour différents. »

Parler avec ses mains

Bala a obtenu un visa assez facilement, même si, dit-il, « mon équipe s’attendait à moins de paperasse ». Ses collègues lui avaient demandé d’apprendre le français avant d’arriver, mais les cours étaient tous complets dans sa ville, il a donc remis cet apprentissage à plus tard. « On m’avait dit que pour survivre en France, il faut parler la langue. En fait j’ai très peu progressé depuis mon arrivée, parce que j’ai réalisé que je n’en ai pas tellement besoin. » Bala a en effet découvert un moyen de communication très marseillais : parler avec ses mains. « Les gens font de grands signes, explique-t-il, on arrive toujours à se comprendre. Même si ils ne parlent pas anglais, ils essayent, ils n’ont pas du tout d’inhibitions à ce sujet. Et surtout ils sont très patients, dans une file d’attente, si je ne comprends pas la caissière, il n’y a jamais personne pour me demander d’aller plus vite. »

Plus que tout autre aspect de Marseille, ce sont les habitants qui plaisent à Bala. « Même dans les plus beaux endroits, si les gens ne sont pas sympas, ça ne marche pas. Ici ils sont chaleureux et gentils, c’est ce qui fait la beauté de la ville. Quand ils te disent « Bonjour, ça va ? », on sent que c’est sincère, et ça, le matin, ça aide ! » s’enthousiasme-t-il.

Chercheur la semaine, étudiant le week-end

Après quelques semaines passées dans un studio que lui allouait l’université, Bala a choisi de se mettre en colocation pour être moins seul. Il partage donc un appartement au sud de la ville avec trois filles, dont deux étudiantes, toutes francophones. « La semaine, j’ai un quotidien sérieux et adulte, mais le week-end je redeviens étudiant !» s’exclame-t-il avant d’ajouter : « la moyenne d’âge dans le quartier doit être de 64 ans, mais tout le monde a 17 ans dans sa tête, personne ne se plaint jamais de nos soirées, et les fêtes entre voisins sont super cool ! ».

Si Bala a fait de Marseille son port d’attache, cela ne l’empêche pas pour autant de voyager à travers l’Europe. « Il me fallait une base et Marseille est parfaite pour ça. Je visite la France, l’Europe, il suffit de prendre l’avion et quelques heures plus tard je suis à Rome. » Espagne, Italie, Monaco, plusieurs week-ends par mois, il s’offre une nouvelle destination.

Après les voyages, le retour au pays

Pour autant, Bala n’envisage pas de faire son trou dans la cité phocéenne. Il a prolongé son contrat de six mois mais repartira tout de même en Inde en mai 2016. Il espère obtenir un poste dans l’enseignement et rêve de monter sa propre entreprise dans le futur. « M’installer après tout ces voyages ça ne me fait pas trop peur. Je serai fatigué de voyager d’ici là, relativise-t-il, voyager me fait comprendre ce que je veux vraiment. Quand je m’installerai, c’est que j’aurai trouvé ce que je cherche ».

Et c’est bien dans sa ville natale de Kerala que Bala imagine son futur « adulte ». « Je connais mieux le pays, j’ai déjà une équipe sur laquelle je pourrais compter et puis ma famille est là-bas, mes parents vieillissent… et Kerala est superbe. Ça ne sert à rien de comparer avec Marseille, c’est comme devoir choisir entre une pomme et une orange : rien à voir ! ».

Il reste donc un an à Bala pour finir d’explorer le vieux continent. Sur sa to-do list, le nord de l’Europe, le sud de l’Espagne, le Portugal, et un baptême de plongée. Une fois rentré au pays, l’informaticien voyageur n’a pas prévu de remettre son sac à dos au placard : « J’ai moins exploré l’Inde que l’Europe, il y a tant de choses à voir là-bas, je ne vais pas m’ennuyer ! ».

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