Gabriela, guide du Marseille cosmopolite

Découvrir les secrets de Marseille et des Marseillais n’est pas donné à tout le monde, surtout  quand on n’est pas du coin. Pourtant, le projet Migrantour propose des visites de la ville … accompagnées par les migrants qui y vivent depuis peu. Gabriela, originaire d’Argentine, est l’une d’entre eux. Dans l’histoire de la ville, elle retrouve les traces de son propre exil.

Avec toute l’application du monde, Gabriela choisit ses mots pour expliquer qui était Louise Michel. Malgré son accent latino assez prononcé, elle tient à montrer qu’elle domine la question et ne manque pas d’arguments pour préciser la nature du lien entre l’illustre militante anarchiste et Marseille. Les quelques hésitations dans sa voix ne l’empêchent pas de raconter avec enthousiasme pourquoi les habitants du quartier ont un beau jour décidé de donner à cette placette quelconque le nom d’une communarde du 19e siècle.

Si Gabriela est un peu plus stressée que d’habitude, c’est peut-être parce que cette visite est l’aboutissement de plus de 6 mois de préparation minutieuse. En septembre dernier, elle a rejoint l’équipe des bénévoles Migrantour. Un projet de « tourisme responsable qui vise à valoriser les espaces dénigrés» auprès des habitants et piloté à l’échelle européenne, précise Rémi Bellia, coordinateur pour Marseille. Deux visites ont vu le jour dans la cité phocéenne, une première qui relie la Joliette au Panier, et la seconde, celle de Gabriela, entre Belsunce et Noailles. Des quartiers populaires et cosmopolites en plein centre-ville. Mais l’originalité ne s’arrête pas là, puisque tous les accompagnateurs Migrantour viennent eux-même des quatre coins du monde. Celle qui marche à nos côtés aujourd’hui est argentine et vit à Marseille depuis trois ans.

« Comme eux,  je me sens entre deux rives »

Place Louise Michel, cette dynamique quarantenaire attire l’attention de son groupe sur les vieux messieurs assis sur les bancs et les escaliers tout autour. Ce sont des chibanis, « cheveux blancs » en arabe, traduit-elle. Des anciens travailleurs et soldats venus d’Afrique du Nord pendant les trente glorieuses qui subsistent aujourd’hui avec de très maigres retraites. « Ce sont des invisibles, il faut leur donner de la visibilité, sans être trop invasive. Ils vieillissent et bientôt ils ne seront plus là pour témoigner » avance-t-elle. La petite dizaine de personnes qui la suit se met alors à scruter du regard les vieillards silencieux. Gabriela s’est visiblement prise d’affection pour ces déracinés retraités :  « Moi je n’ai pas quitté mon pays de force comme c’est le cas de beaucoup d’entre eux, mais comme eux je me sens entre deux rives, je ne me sens plus vraiment chez moi en Argentine, mais ici j’ai toujours le sentiment d’être étrangère ».

Gabriela est venue à Marseille pour la première fois en 2010. Elle y rejoignait Richard, son compagnon. D’année en année ses séjours se sont rallongés. Il y a trois ans, elle a entrepris les (longues) démarches administratives nécessaires et passe désormais plus de temps en France qu’en Argentine. Elle se souvient de sa première impression en découvrant la ville : « J’avais une vision idyllique de l’Europe. Moi je venais du tiers monde, et vous vous êtes le premier monde, non ? Et là, j’ai vu une ville pauvre, chaotique, plus sale encore que Buenos Aires ! ».

« On ne peut pas aimer ce qu’on ne connaît pas ! »

Pour préparer le circuit, cette ancienne attachée de presse a rencontré de nombreux acteurs locaux, interrogé les habitants, consulté des archives … « Ça m’a permis de comprendre pourquoi Marseille est comme ça, et pas autrement. On ne peut pas aimer ce qu’on ne connaît pas !» relativise-t-elle aujourd’hui. De là à en savoir plus sur sa ville d’adoption que sur Buenos Aires ? « Ah non, j’ai encore beaucoup de travail pour en arriver là, mon pays est tellement jeune à côté des 2600 ans de Marseille ! » s’exclame-t-elle, comme découragée par l’ampleur de la tâche à accomplir.

L’apprentie accompagnatrice le regrette, il n’y a pas de tradition historique d’échanges entre son pays et Marseille. À défaut, elle a trouvé un petit clin d’oeil à sa propre culture et termine ses ballades dans la boutique d’un traiteur libanais. « Les petits chaussons qu’il vend, qu’on appelle des sambousseks, ce sont eux qui ont inspiré les empanadas d’Argentine ! » jure-t-elle aux visiteurs. Conquis, ces derniers s’empressent d’aller goûter les friandises salées. Gabriela a réussi son tour de force : faire découvrir aux Marseillais les secrets de leur propre ville.

Pour plus d’informations sur les ballades Migrantour : http://www.mygrantour.org/fr/migrantour-marseille/

Publicités

Une réponse à Gabriela, guide du Marseille cosmopolite

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s